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la méditation bouddhique est une culture du mental, un développement du mental
la méditation bouddhique est une culture du mental, un développement du mental

L'enseignement du Bouddha, particulièrement sa voie de " méditation", vise à procurer un état de parfaite santé mentale, d'équilibre et de tranquillité. Il est bien regrettable qu'il n'y ait guerre de section de son enseignement qui ait été aussi mal comprise et faussement mise en pratique que la "méditation", tant par les bouddhistes que le non bouddhistes. Dès que le mot "méditation" est mentionné, on pense à une évasion des activités quotidiennes de la vie, à l'écart de la société. La véritable " méditation" bouddhique ne signifie nullement ce genre d'évasion. L'enseignement du Bouddha sur ce sujet fut si mal compris que la voie de "méditation" dégénéra ultérieurement en un sorte de rituel ou de cérémonie, presque technique dans sa routine. (...)

Le mot " méditation" rend très mal le sens du mot original Bhâvanâ qui signifie " culture " ou " développement ", c'est à dire culture mentale, développement mental. Le Bhâvanâ bouddhiste est, à proprement parler, une culture mentale dans le vrai sens du terme. Elle vise à débarrasser l'esprit de ses impuretés, de ce qui le trouble, comme les désirs sensuels, la haine, la malveillance, l'indolence, les tracas et agitations, les doutes; et à cultiver les qualités telles que la concentration, l'attention, l'intelligence, la volonté, l'énergie, la faculté d'analyse, la confiance, la joie, le calme, conduisant finalement à la plus haute sagesse qui voit les choses telles qu'elles sont et qui atteint la Vérité Ultime, le Nirvâna.

Il y deux formes de méditation. L'une est le développement de la concentration mentale ( samatha ou samâdhi ), de la fixation unificatrice de l'esprit ( cittekaggatâ, en Sanskrit, cittaikâgratâ ) qui, par des méthodes variées décrites dans les textes, conduit aux plus hauts états mystiques comme " la Sphère du Néant " ou " Sphère de ni-Perception-ni-non-Perception ". Tous ces états mystiques sont, selon le Bouddha, des créations et des productions mentales ( samkhata ). Ceux-ci n'ont rien à voir avec la Réalité, la Vérité, le Nirvâna. Cette sorte de méditation existait déjà avant lui. Elle n'est donc pas purement bouddhiste, mais elle n'est pas exclue du domaine de la méditation bouddhiste. Elle n'est cependant pas essentielle pour la réalisation du Nirvâna. Le Bouddha, lui-même, avant son Eveil, avait étudié ces exercices yogiques sous la direction de différents instructeurs et il avait atteint les plus hauts états mystiques; mais ceux-ci ne l'avaient pas satisfait, car ils ne procuraient pas la libération complète, ne donnaient pas la vision de la Réalité Ultime. Il considérait seulement ces états mystiques comme une manière de " demeurer heureux en cette existence " ( ditthadhamma-sukhvihâra ).

Il découvrit alors l'autre forme de "méditation " connue sous le nom de Vipassana ( sanskrit: vipasyâna ou vidarsanâ ), " vision " dans la nature des choses, qui conduit à la complète libération de l'esprit, à la réalisation de la Vérité Ultime, au Nirvâna. C'est essentiellement la " méditation ", la culture mentale bouddhiste. C'est une méthode analytique basée sur l'attention, la prise de conscience, la vigilance, l'observation.(...)

Le discours le plus important que le Bouddha a jamais donné sur le développement mental " méditation " est intitulé le Satipatthâna-sutta ", " L'Etablissement de l'Attention". Ce discours est si hautement vénéré dans la tradition qu'on le récite régulièrement, non seulement dans les monastères, mais aussi dans les foyers bouddhistes, devant la famille assise en cercle et écoutant avec une profonde dévotion. Les bhikkhus récitent très souvent ce sutta au chevet d'un mourant afin de purifier ses dernières pensées.

Les manières de " méditer " indiquées dans ce discours ne sont pas retranchées de la vie, elles n'évitent pas la vie. Au contraire, elles sont toutes en rapport avec la vie, avec nos activités quotidiennes, avec nos tristesses et nos joies, avec nos paroles et nos pensées, avec nos occupations mentales et intellectuelles.

Extrait du livre de Walpola Rahula " L'enseignement du Bouddha, d'après les textes les plus anciens "

Retranscription par Chantal Gorski le 13 mars 2016.

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